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Natures Paul Keirn NATURES, SCIENCE & TRADITIONS, CONSOMMATION & SANTÉ

L'apocalypse 2012 et la "dissonance cognitive"...

22 Février 2010 , Rédigé par Paul Keirn Publié dans #Psychologie sociale - Psychanalyse

 

meteorite2-40f5fCe soir, à la télévision, est diffusé un reportage concernant une annonce d'apocalypse pour le 21 décembre 2012, reportage nommé « Les survivants de 2012 ». Sur les bases – ô combien fumeuses - de l'antique calendrier maya, des prédictions chinoises et d'autres études ésotériques, un grand cataclysme planétaire est annoncé. Des petits groupes, en Belgique, en Espagne, ou au Brésil, se préparent à survivre en construisant des abris secrets...

C'est l'occasion de parler d'un ressort psychologique peut connu : la « dissonance cognitive » et son corolaire « la réduction de la dissonance cognitive ».

En 2012, tous les « croyants » de l'apocalypse annoncée seront-ils déçus ? Eh bien non. Nous verrons pourquoi plus avant.

 apocalypse-Durer Revelation Four Riders

Qu'est-ce que la dissonance cognitive ?

Une expérience de psycho-sociologie simple permet de tout comprendre. Sur des campus universitaires, trois groupes d'étudiants ont été constitués, à la suite de publicités :

 

1er groupe : il est annoncé par voie d'affiches qu'un film sur la sexualité – gratuit – qui sera diffusé dans l'amphithéâtre du campus le soir même à 21H00. En résumé : ça parle de sexe, c'est gratuit et c'est sur place.

 

2eme groupe : il est annoncé par voie d'affiche, qu'un film sur la sexualité – entrée gratuite – sera diffusé à 10 km du campus. Donc gratuit mais éloigné.

 

3ème groupe : l'annonce indique qu'un film sur la sexualité sera diffusé à  dix km de là et que l'entrée sera payante (style 5 euros). Donc payant et éloigné.

 

Dans les trois cas, un film sur la sexualité...des vers de terre (authentique) est diffusé. Film scientifique assez médiocre.

Dans les trois cas, les étudiants sont interrogés à la sortie du cinéma.

Que vont-ils donc bien dire ?

Le premier groupe (celui qui n'a rien dépensé et n'a pas eu à se déplacer) juge à 99% que le film était d'une totale nullité.

Le deuxième groupe (celui qui s'est déplacé, mais n'a rien payé) juge à 75% des opinions que le film était mauvais mais que quelques images étaient intéressantes.

Le troisième groupe (qui a payé et s'est déplacé) juge plutôt positivement ce film !

Les étudiants ne sont pas différents (groupes homogènes) et sont de la même université. Comment se fait-il que leurs opinions divergent ?

La tendance de l'esprit (sphère cognitive) est que le résultat d'une action soit en concordance avec les attentes qui précèdent l'action. Le cerveau aime la cohérence. Il rejette l'incohérence ou dissonance.

Le premier groupe n'a pas été déçu : il n'a eu à faire aucun effort pour se rendre sur place et n'a rien payé. Il juge donc assez objectivement le film. Seul le traité du sujet annoncé peut-il le décevoir. Il n'en va pas de même pour le second groupe, qui lui, a « investi » du temps. Il y a effort. Le film est donc décevant par rapport à l'effort consenti.

Dans le troisième groupe, il y a un fort investissement psychologique : il y a des attentes sur le sujet, il y a dépense de temps pour se rendre sur place et qui plus est il y a dépense d'argent. Les attentes sont donc fortes. La déception n'en est donc que plus grande.

On dit qu'il y a une forte dissonance cognitive pour les groupes 2 et 3.

Le cerveau va automatiquement tenter de réduire la dissonance cognitive ou différence entre l'investissement psychologique et le résultat de l'action. Pour cela il va faire glisser son opinion dans le sens de l'action accomplie. C'est le processus dit de « réduction de la dissonance cognitive ».

 

Il y a partiellement perte d'objectivité quand il y a dissonance cognitive. Le jugement est altéré par la quasi nécessité que l'action accomplie ne déçoive pas les attentes. Comme il n'est pas possible de modifier ce qui s'est passé, le cerveau modifie son opinion sur ce qui s'est passé.

Ce besoin de cohérence qu'a le cerveau peut s'exprimer dans tous les domaines.

Les spécialistes de la docimologie - l'étude des notes à l'école - ont fait des constatations du même ordre : il suffit qu'on annonce à des enseignants que les devoirs qu'ils ont à corriger émanent de très bons élèves pour qu'ils ne voient pas certaines erreurs et laissent passer des approximations ou une mauvaise présentation ; inconsciemment, ils ne veulent pas faire mentir les collègues qui ont évalué les élèves avant eux. L'action de noter n'étant pas encore accomplie, c'est l'action (de noter) qui va être modifiée pour rester en cohérence avec ce qui est présupposé (« bons élèves »).

 

Voyons maintenant l'expérience princep qui a conduit à mettre sur pied la théorie de la dissonnance cognitive. Elle est précisément fondée sur l'observation d'un groupe mentalement prêt à accueillir et à se préparer à l'apocalypse...

 

Extrait de Wikipédia

« L'Échec d'une prophétie (When Prophecy Fails) est un essai américain considéré comme un classique de la psychologie sociale qui parut en 1956. Les auteurs, Leon Festinger, Henry Riecken et Stanley Schachter, ont cherché à analyser comment les individus réagissaient suite à la réfutation d'une croyance à laquelle ils adhéraient fortement. Pour cela ils ont suivi le parcours d'un groupe d'ufologistes persuadés de l'imminence de la fin du monde.

 

Dissonance cognitive

L'ouvrage signale l'un des tous premiers cas publiés de dissonance cognitive. Cette théorie, élaborée par Leon Festinger, permet d'expliquer les conséquences psychologiques de la non confirmation d'espérances ou d'attentes importantes chez un individu. Avant le début de l'étude, Festinger et ses associés lurent un article dans leur journal local intitulé « La prophétie de la planète Clarion lance un appel à la ville : Fuyez cette inondation ». Une ménagère de Chicago, Marion Keech, avait reçu de mystérieux messages chez elle sous forme d'« écriture automatique » provenant d'extraterrestres de la planète Clarion. Ces messages lui révélèrent que le monde serait englouti par une grande inondation avant l'aube du 21 décembre. Le groupe de croyants, menés par Keech, s'était fortement impliqué dans cette croyance ce qui indiquait un haut degré de conviction. Ils avaient quitté leurs emplois ou les cours, leurs conjoints, et distribué argent et biens pour préparer leur départ à bord de la soucoupe volante qui devait les sauver, eux, le groupe de vrais croyants.

 

Prémisses de l'étude

Festinger et ses collègues considérèrent l'événement comme un cas susceptible de conduire à une stimulation de la dissonance après l'échec de la prophétie. Il s'avérait difficile d'altérer la conviction de Keech et son groupe étant donné qu'ils avaient déjà produit des efforts considérables pour la maintenir et la renforcer. Une autre option aurait été de mobiliser un soutien extérieur adhérant à leurs convictions. Comme Festinger l'a écrit: « Si de plus en plus de gens peuvent être convaincus que le système de croyance est correct alors il est évident qu'après tout il doit être correct ». Dans cette optique, si Keech avait pu développer de nouveaux éléments de réflexion en convertissant de nouveaux adeptes aux principes de base de la secte, alors l'amplitude de la dissonance aurait été amoindrie. Festinger et ses collègues prédirent que l'inévitable démenti par la réalité serait suivi d'un gros effort de prosélytisme pour rechercher un soutien social et ainsi réduire la douleur issue de la non confirmation des espérances.

 

Chronologie des événements

Festinger et ses collègues infiltrèrent le groupe de Mlle Keech et rapportèrent les faits suivants :

 

Avant le 20 décembre, le groupe évite la publicité, les entretiens ne sont donnés qu'à contrecœur.

L'accès à la maison de Keech est seulement permis à ceux qui peuvent convaincre qu'ils sont de vrais croyants. Le groupe fait évoluer son système de croyance, basé sur l'« écriture automatique » provenant de la planète Clarion, et commence à expliquer les détails du cataclysme, la raison de l'évènement et la manière dont il sera sauvé du désastre. Le 20 décembre, les croyants attendent qu'un extraterrestre les appelle avant minuit pour être escorté à bord d'un vaisseau spatial censé les attendre. Appliquant les instructions, ils se donnent beaucoup de mal pour éliminer les objets métalliques qu'ils portent sur eux. Comme minuit approche, les fermetures à glissière, bretelles de soutien-gorge, et autres objets sont jetés. Le groupe attend.

Le 21 décembre, 00h05, pas de visiteur extraterrestre. Un membre du groupe constate qu'une horloge dans la pièce indique 23h55. Le groupe convient qu'il n'est pas encore minuit.

00h10, la seconde horloge indique minuit. Toujours pas de visiteur. Le groupe est abasourdi et s'assoit en silence. Le cataclysme est censé se produire dans moins de 7 heures.

04h00, les croyants restent assis en silence. Quelques tentatives pour trouver des explications ont

échoué. Keech commence à pleurer.

04h45, un message envoyé par « écriture automatique » est adressé à Keech. Il précise que le Dieu de la Terre a décidé d'épargner la planète de la destruction. Le cataclysme a été annulé car « le petit groupe, assis toute la nuit, avait répandu tant de lumière que Dieu a sauvé le monde de la destruction ».

Après-midi du 21 décembre. Le groupe appelle des journaux cherchant à donner des entretiens. Dans un renversement de situation, le groupe ne fuit plus la publicité mais au contraire débute une intense campagne pour diffuser son message à un public aussi large que possible. »

Seule cette « explication », peut rétablir la cohérence entre l'investissement consenti et la réalité ! Ainsi, en 2012, après que « rien » ne ce soit passé, les « croyants » estimeront sans doute que leurs prières ont été exaucées. CQFD.

Version originale

Titre original When Prophecy Fails - Éditeur original Harper-Torchbooks -Langue originale Anglais - Pays d'origine États-Unis - Date de parution originale 1er janvier 1956 - ISBN original 0061311324

 

Version française : Traducteur Sophie Mayoux, Paul Rozenberg - Éditeur PUF Collection Psychologie sociale - Date de parution 1er juillet 1993 - ISBN 2-13-045619-7 »


Cela dit, il va de soi qu'un jour, l'existence de l'espèce humaine sera fortement compromise par un virus ou plus probablement par un astéroïde...Nul doute que certaines bactéries résiteront. 
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P


Quand je disais que j'étais dans le potage !!!

Une discussion d'hier entre fumeurs, m'a fait penser que je la pratiquais tous les jours cette fameuse dissonance congnitive :
Répondre
P



Bonsoir Paul, comme d'habitude, le sujet est tout-à-fait passionnant !

Je me suis souvent demandé pourquoi l’Homme s’est toujours inventé des histoires.


Se créer un ou des Dieu(x) par exemple, c’est admettre qu’on n’est
pas maître de son destin ; qu’une puissance divine décide pour nous … « pas ma faute » !


S’inventer la fin du monde c’est exprimer ses peurs. Et si c’était
tout bêtement la peur de mourir ?


Les premiers Hommes devait avoir la trouille devant tous ces
phénomènes naturels qu’ils ne comprenaient ni ne maîtrisaient (éclairs, tonnerre, incendies, éruptions, …).


Petit à petit, ils se sont imposé toutes sortes de règles
idiotes pour conjurer le sort : porter des talismans,  jeter du sel par-dessus l’épaule , croiser les doigts …


Le temps passant, l’Humanité est devenue superstitieuse …
heureusement, je touche du bois, je ne le suis pas ! ;)


Prenons l’exemple de Paco Rabanne qui était persuadé qu’août 99
verrait notre fin. Son histoire est bizarre.
Un jour de 1951, se promenant sur les bords de Seine, il avait eu des visions apocalyptiques et, s’appuyant sur les quatrains de Nostradamus, en était arrivé à la déduction que nous savons, en
quelques cinquante ans.


Il n’a pas l’air plus idiot qu’un autre pourtant ! Mais
qu’a-t-il eu à endurer de si grave pour que son cerveau, progressivement, arrive à fabriquer une histoire si terrible - et qu’il y croit tellement - qu’il a pris le risque d’en parler
publiquement et ainsi de se saborder.


Notre esprit fabrique - en toute bonne foi - des preuves de ce qui
n’est pas.


Ne dit-on pas souvent : « j’en étais persuadé »,
« j’ai cru voir ou entendre » ?


Quand on est petit, on a peur de ce qu’on ne connaît pas, mais on
n’a pas d’expérience.


Plus tard, en grandissant, on s’appuie sur notre « base de
données », notre référentiel en quelque sorte, pour expliquer ce que l’on voit ou entend.


En l’absence d’élément de comparaison, notre cerveau choisi la
référence la plus approchante, d’où erreur !


Un exemple récent : C’est le matin de bonne heure. Je me rends à
mon travail et je suis dans le bus bondé. Il pénètre sous La Défense. Soudain une horrible odeur de transpiration me révulse. Deux secondes plus tard, mon cerveau rectifie, ce sont des odeurs
d’oignon, émanant de la cuisine d’une cantine devant laquelle le bus est passé.


La première solution choisie par mon cerveau dans mon référentiel,
était lié à la situation : bus, foule, donc mauvaises odeurs … marrant, non !

Bonne soirée à vous.



Répondre
P

AH oui, un e sorte d'illusion olfactive liée à la situation : le "parfum" le plus proche dans la situation transports en commun. Logiquement ce ne pouvait pas être oignon. Très drôle !