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Natures Paul Keirn NATURES, SCIENCE & TRADITIONS, CONSOMMATION & SANTÉ

BIO !...OUI MAIS - trop de bio pas vraiment bio

10 Mai 2020 , Rédigé par Paul KEIRN Publié dans #BIO, #CONSOMMATION, #DEFENSE DES CONSOMMATEURS, #ENVIRONNEMENT MONDIAL, #INDIGNÉ(E)S!, #LOCAL VAR

BIO !...OUI MAIS - trop de bio pas vraiment bio

Consommer « bio » : oui, mais !...

Paru dans LOU NISTOUN - N°170 - Mai 2020
https://fr.calameo.com/read/005832845ec25993024f4

Les nouveaux « oui, mais »

 

Plus de 9 Français sur 10 ont consommé du bio en 2018 . Il y a peu de temps encore, on mangeait « bio » sans trop se poser de question. Aujourd’hui, pas mal de doutes s’installent. Et on n’en est plus à la critique simple du « Oui mais, si le champ d’à-côté n’est pas bio, les pesticides ne s’arrêtent pas à la barrière qui les sépare, comme le nuage de Tchernobyl à la frontière ! ».

De nouveaux « mais » s’accumulent : « oui mais les produits bio qui parcourent 10 000 kilomètres, en bateau ou en avion hyper-polluants, sont-ils bio ? Oui mais, le bio qui vient de pays qui ne respectent pas le même cahier des charges bio que nous sont-ils bio ? Oui, mais les légumes bio de pays voisins qui ferment les yeux sur le quasi-esclavage des sans-papiers africains qui les cultivent sont-ils vraiment bio ?

 

Au bio, limité à sa définition d’origine, « sans engrais ni pesticides » s’ajoutent aujourd’hui des exigences réglementaires de nature sanitaires et sociales et des données morales, à dimension humanitaire.

 

Ce qui dit la science

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de réfléchir aux doutes qui entachent aujourd’hui la production et la consommation bio, un retour sur ce que disent les sciences et l’Histoire mérite d’être rappelé.

Tous les êtres vivants sont composés de cellules, qui, pour survivre et se reproduire ont besoin d’un apport d’énergie. Comme notre corps ne sait pas fabriquer et stocker les sucres et autres nutriments dont il a besoin à partir de l’énergie solaire, alors nous mangeons celles qui savent le faire, les plantes. Et puis nous mangeons aussi les animaux qui mangent des plantes.

 

Pendant 40 000 ans, l’humain moderne que nous sommes (homo sapiens), omnivore et opportuniste (adaptable à tous les milieux), a consommé, selon les régions, de 60 à 80 % de végétaux (graines, baies, racines, tubercules, feuilles) et 20 à 40 % de viandes (chasse, charognage, voire cannibalisme). Nous avons été de tous temps des cueilleurs-chasseurs (pas des chasseurs-cueilleurs), vivants le plus souvent en « semi-nomadisme circulaire », c’est-à-dire allant de campement en campement pour revenir au point de départ un an plus tard, histoire de collecter ce qui y avait été planté. C’est la période du «paléolithique », l’époque de la « pierre taillée » de -3 millions d’années à – 10 000 ans. Une vie, d’une dureté difficile à imaginer, limitant l’espérance de vie à 43 ans, tout comme les grands singes d’aujourd’hui. Nos lointains cousins.

 

Il en fut ainsi jusqu’à cette révolution que fut l’agriculture, il y a de cela 8000 ans au Moyen Orient (Irak et Syrie d’aujourd’hui), 5000 ans chez nous sur la côte méditerranéenne et 3000 ans pour le reste de la France. Cette révolution dite « néolithique » est également marquée par la sédentarisation (nécessité de stocker le grain entraînant l’apparition massive de villages). Depuis 8000 ans, soit 32.000 générations, nous avons globalement suivi le même régime alimentaire. Ce n’est pas rien.

 

C’est d’ailleurs ce qui a donné l’idée du retour à un « régime paléolithique » : rien d’industriel et pas de céréales. L’idée qu’il serait sain de revenir vers le type d’alimentation d’avant la révolution agricole.

 

La nourriture industrielle

 

Et voilà qu’en 100 ans, sous l’effet de l’industrialisation, notre régime alimentaire a totalement changé. Nous avons commencé à ingérer des substances chimiques de synthèse inconnues de notre corps. Cette agriculture intensive qui a aidé à nous libérer de la famine ou du moins de la disette, envahit notre alimentation de résidus d’insecticides, fongicides, herbicides, rodenticides, qui n’existent ni dans la nature, ni dans notre régime alimentaire depuis la nuit des temps.

 

Des substances dont certaines agissent comme des « perturbateurs endocriniens ». C’est-à-dire qui modifient ces « messagers chimiques » de chacun de nos organes que sont les hormones.

De plus, ce pour quoi le cerveau a le plus d’attirance : le gras, le sucre et le sel, ne sont plus des denrées rares. Mais notre appétence psychique, originelle, pour ces substances est restée intacte. D’où une alimentation totalement déséquilibrée. Ajoutons à cela la pollution des villes, le bruit, le stress, l’absence de sport pour cet « animal marcheur » que nous sommes. Et nous avons là un cocktail largement suffisant pour expliquer l’explosion des allergies, des intolérances, l’infertilité, l’obésité, certains troubles neuro-comportementaux et des cancers de toutes sortes, de plus en plus jeune.

 

Qualité nutritionnelle et saveur

 

Le fait de produire « toujours plus pour toujours moins cher » a conduit, par exemple, à produire des légumes hors-

sol : un substrat neutre et des liquides nutritifs (NPK, azote, phosphore, potassium) reproduisant tant bien que mal ce dont les plantes ont besoin. Résultat, notamment pour les tomates, une chute vertigineuse de la qualité nutritionnelle : moins 43 % de calcium, moins 29 % de magnésium, -72 % de vitamine C, -56 % de ces anti-oxydants que sont les polyphénols , etc. Aujourd’hui en France, 70 % des tomates sont cultivées hors-sol. Et avec des serres chauffées, alors qu’on se préoccupe par ailleurs du réchauffement climatique et de l’effet de serre.

 

Idem pour tous les légumes, devenus moins nutritifs et moins bons, mais transportables (peau des tomates endurcie par croisement ou manipulation génétique) et résistantes au pourrissement. Donc répondant mieux à la rentabilité. Des végétaux qui s’affaiblissent avec la sélection de caractéristiques purement commerciales et qui, donc, obligent à utiliser davantage de pesticides. Un cercle vicieux. Un affaiblissement que fait remarquer l’actualité avec l’apparition ces derniers jours du virus «ToBRFV » dans les serres bretonnes de culture de tomates.

 

Sans doute est-on assez bien nourri par ailleurs pour supporter la diminution des vitamines, sels minéraux et autres nutriments. Mais il y a une dimension qui plaide en faveur du « manger bio », c’est la saveur ! Rien ne peut remplacer un vrai sol, la terre. Et une terre biologiquement « vivante » (bactéries, vers, insectes, etc.), telle que tous nos ancêtres l’ont connue et nous l’ont léguée.
 

Les scandales sanitaires à répétition

 

L’idée de « manger bio » s’est imposée à tous les publics à la suite des nombreux scandales alimentaires qui ont marqué ces dernières décennies :

Le premier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), plus couramment appelée « maladie de la vache folle », a été détecté au Royaume-Uni en 1986. Elle s’est propagée parmi les bovins par leur nourriture, comportant des farines de carcasses et d’abats de bovins ou ovins atteints d’encéphalopathie spongiforme. Et puis les scientifiques découvrent que le virus se transmet à l’humain sous la forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Mai 1999, c’est l’affaire du poulet à la dioxine. On trouve dans le poulet du dimanche des traces de dioxine jusqu’à 100 fois supérieures à la norme imposée par l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé.

Décembre 2013 : ce sont des chevaux de laboratoire achetés 10€ par tête au laboratoire SANOFI qui se retrouvent sur les étals des bouchers.

Janvier 2013 suivra avec l’affaire des « lasagnes à la viande de cheval ». Moins grave sanitairement, mais qui laisse des traces : on abuse le consommateur.

Au printemps 2017, c’est le Fipronil dans les œufs ! Un produit phytosanitaire très efficace dans le traitement antiparasitaire des poulets, mais toxique pour l'être humain. Qu'à cela ne tienne, 250 000 œufs contaminés ont écoulés en France entre avril et juillet 2017, polluant en cascade les pâtes et les biscuits de la même période.

 

Les français se rendent bien compte qu’il y a dans l’industrie alimentaire des « savants fous », fous de rentabilité et des délinquants. Ils ont en commun de vouloir maximiser leurs profits. Se tourner vers le bio, même imparfait, même cher, s’impose peu à peu.

 

La redéfinition nécessaire de la notion de « bio »

 

La nourriture bio n’est plus cantonnée aux magasins de « La Vie Claire », dont le premier fut ouvert par Henri-Charles Geffroy en 1948. De marginale dans les années 70, pendant lesquelles les « écolos » étaient raillés, vus comme des successeurs des hippies ou comme des « bobos », des « bourgeois bohèmes », vivant dans l’éco-système du Quartier Latin à Paris.

 

Le bio est d’abord une évidence de santé puisqu’on ne peut pas changer sans dégâts, en moins de quatre générations, un régime alimentaire qui a fait ce que nous sommes en 12 millions de générations.

Le bio est ensuite une évidence du refus d’être les victimes de la concurrence effrénée entre des entreprises qui privilégient les profits à la santé, en substituant aux constituants de la nature des équivalents industriels moins chers mais nocifs pour notre corps.

Le bio est enfin une évidence de saveur, notamment en France où la gastronomie est porté au rang d’art, qu’il soit accessible ou non.

 

Quoi d’étonnant à ce que fleurissent des comportements alimentaires nouveaux. Au végétariens s’ajoutent les un regain pour des choix végétaliens (que des légumes) et le mouvement végane , marqué par un refus d’exploiter les animaux (ni laine, ni cuir, ni miel) en les considérant comme des espèces égales à la nôtre. Avec les dérives que l’on connaît, notamment les caillassages de boucheries.

 

Dérives mondiales et européennes

 

A l’heure de la mondialisation et des traités de libre-échange, chacun prend conscience que les règles varient selon les pays. En France, les agriculteurs dénoncent à juste raison le fait d’être soumis à un empilement de normes coûteuses et difficiles à suivre, alors que de nouveaux et lointains partenaires commerciaux sont loin d’être soumis aux mêmes obligations et nous inondent d’une alimentation hors norme, sans foi ni loi.

 

Les produits bio qui viennent d’Amérique du Sud, à grands renforts de porte-conteneurs, comme le Saint-Exupéry, consommant 330 tonnes de fioul lourd par jour, émettant 2700 fois plus de dioxyde de soufre (SO²) que le gasoil routier. Ou d’avions, consommant des masses de carburant réchauffant notre pauvre planète ?

Publié le 12 juin 2013 par Le figaro/AFP : "La police mexicaine a délivré hier un groupe d'au moins 275 personnes qui étaient retenues en quasi-esclavage par une société de production et d'exportation de tomates bio. L'entreprise mexicaine Bioparques de Occidente, se vante sur Internet d'être une entreprise "socialement responsable" qui prend soin de ses employés et de leur famille"...

L’huile de palme engendre la déforestation à tout va tant au Brésil qu’en Indonésie. Les agriculteurs sont les premières victimes de la monoculture du palmier à huile. Certaines zones connaissant des restrictions alimentaires dues à la disparition de la polyculture vivrière.

 

Des règlements européens inadaptés

 

L’Europe n’est pas en reste et il n’est même pas nécessaire de franchir des océans pour constater les dérives du bio devenu un marché juteux : la production de tomates dans la région des Pouilles, en Italie, est maintenant chapeautée par la mafia, employant des sans-papiers » africains, payés 2 à 8 € par jour. Le travail est distribué par le« caporalato » local (« caporaux »-régisseurs) qui exigent encore d’eux un loyer pour leur masures en plastique de récupération.

 

Les légumes bio produits à El Ejido, dans le sud de l’Espagne, près d’Almeria, sous une partie des 17000 hectares de serres, battus par un soleil de plomb (40° à 48°) et achetées « au mètre » par les citadins espagnols, emploient 80000 travailleurs marocains cantonnés dans des bidonvilles. Cela ne répond pas non plus aux critères qui sont les nôtres.

 

Au niveau de l’Europe, le cahier des charges européen de la production bio est à revoir : est-il normal qu’on trouve du jambon bio contenant des nitrites en magasin bio ? Alors que les nitrites, une fois transformés en nitrosamides dans notre corps, sont soupçonnés d’être cancérigènes ? Cet additif alimentaire, E250, permet la conservation mais surtout préserve la couleur rose du jambon ! Alors qu’en même temps, à Super U, on trouve du jambon Herta sans nitrites ? Est-il normal que les semences soient brevetées et les semences paysannes interdites à l’échange ou à la vente ? Que dans les boîtes de poissons panés bio, seule la panure est bio, le poisson étant sauvage (et donc pas bio).

Est-il normal que l’absence de contrôle des sols, et donc de l’herbe, conduit parfois à nous faire manger des œufs bio plus pollués à la dioxine que dans les hangars à pondeuses ? Est-il normal que tous les emballages deviennent « verts » pour nous faire croire à la qualité du contenu (« greenwashing », en français écoblanchiment ou verdissage). Le marketing n’en est pas à un abus près.

Pas vraiment normal tout cela. Toutes les règles sont édictées dans les 131 pages du règlement CE) No 889/2008 de la Commission Européenne relatif à la production biologique et à l'étiquetage des produits biologiques (lien réduit : https://urlz.fr/bRc0). Le nombre des additifs autorisés dans le bio fait frémir.

 

En résumé, le marché mondialisé, dominé par des multinationales plus riches que certains états, entraîne des accords internationaux inégaux qui pénalisent notre agriculture et laissent entrer des produits alimentaires sans respect de nos normes ; nécessitent des parcours hyper-polluants et génèrent des conditions de travail révolues

En Europe, sous la pression des lobbys (30 000 lobbyistes à Bruxelles), l’Union Européenne peine à légiférer et l’encadrement législatif du bio ressemble davantage à une passoire qu’à un bouclier.

 

La résistance s’organise

 

Au Label AB d’Ecocert répondent d’autres labels plus exigeants : « FairTrade », spécialisé dans la certification de produits exotiques, coton, sucre, vérifie les conditions de travail employés avant d’attribuer son label. Le label « Bio Cohérence » interdit la cohabitation de cultures bio et non bio et impose que les transformations soient faites à 100% en France et une origine 100% française (hors produits indisponibles dans le pays).

Des associations comme Kokopelli diffuse sur internet des semences anciennes, légalement interdites et vit en permanence au rythme des procès.

le Parlement Européen a voté en avril 2018 un texte de loi encadrant avec plus de rigueurs les règles du bio en Europe et notamment concernant les importations. les pays exportateurs devront adopter dès 2021 exactement le même cahier des charges que celui de l’Union européenne. La qualité des produits importés devra être identique à celle des produits au sein de l’union.

Bio et local

S’impose depuis quelques années la nécessité consommation du bio local. Local quand s’est possible. Pas encore de bananiers sur les hauteurs de Rocbaron malgré le réchauffement climatique.

Encore que certains mouvements de pensée propose de ne consommer aucun produit parcourant plus de 200 Km. Ce sont les locavores, qui défendent le manger local strict. Tout comme d’autres portent, parfois jusqu’à l’excès, l’idée de ne pas exploiter les animaux : ni viande, ni cuir, ni laine, ni miel, proposent les véganes.

Loin de l’excès, tout le monde a compris l’intérêt des circuits-courts, véritables moteur de l’économie locale. Tout comme le fait Le Potager du Cabanon, à Garéoult (bio83.com) en faisant de la vente directe deux fois par semaines. Ou encore les AMAP ou la chaîne de points de vente « La Ruche qui dit oui ».

La croissance en question

Se pose le problème de la croissance. Notre modèle économique, fondé sur la concurrence et, il faut le dire, la maximisation du profit à court terme, est-il compatible avec la préservation de la Terre, la seule que nous ayons. La croissance selon le modèle actuel et l’écologie sont-ils compatibles ? C’est la grande question.

Certains pensent qu’il est possible de préserver à la fois la croissance et la préservation de la biosphère (le vivant dans la lithosphère (sous-terre), l’hydrosphère (les océans, les lacs) et l’atmosphère (l’air de 0 à 10000 mètres). C’est le cas des différentes réunions internationales (COP), à commencer par celle de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, réunie à Rio de Janeiro du 3 au 14 juin 1992. Parmi les 27 principes de sa charte, on peut lire : « Les États devraient coopérer pour promouvoir un système économique international ouvert et favorable, propre à engendrer une croissance économique et un développement durable dans tous les pays ». Est-ce possible ? Difficile d’y croire.

Seuls les consommateurs pourront faire le tri entre le « vrai » et le faux bio, aidés en cela par tous les lanceurs d’alerte, la presse (Que choisir, 60 millions de consommateurs, Le réseau anti-arnaques), les labelliseurs et les ONG.

Michel BRASSINNE

 

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