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ECOLOGIE : Etes-vous illimitiste ? Soutenabiliste ? Décroissant ? Ou effondriste ? Telle est la question !

8 Août 2019 , Rédigé par Paul KEIRN Publié dans #BIO, #CONSOMMATION, #ENVIRONNEMENT MONDIAL, #MIEUX CONSOMMER !, #SOCIOLOGIE

ECOLOGIE : Etes-vous illimitiste ? Soutenabiliste ? Décroissant ? Ou effondriste ? Telle est la question !

Etes-vous illimitiste ? Soutenabiliste ? Décroissant ? Ou effondriste ? Telle est la question !

Canicule, montée des mers, migrations écologiques, déficit en eau, terres arables en chute libre, air toxique...Tout le monde voit bien ce qu’il en est aujourd’hui. Et demain ? Comment vous représentez-vous les prochaines décennies ? Optimiste ? Pessimiste ? Nous sommes dans l’univers des représentations, des « imaginaires » du futur proche, comme dit Arthur Keller (psychosociologue, pour résumer) dans une remarquable vidéo qu’il convient de voir et de partager. 

https://www.zurbains.com/videos/empreinte-ecologique-bio-capacite-theories-de-l-effondrement-et-de-la.html 

Au-delà de nos représentations individuelles du futur, il se forme des groupes de représentations collectives :  celles des ONG, des lobbys, des gouvernements, des partis, des pro et des anti capitalistes et de la société civile. 
De toutes ces opinions on peut dégager une typologie, c’est-à-dire des grands groupes de représentations du futur. Arthur KELLER a dégagé ces représentations de l’opinion face à deux variables déterminantes (pour rappel, la taille est une variable ; 1,75 m est une valeur, une donnée)  :

La première variable est celle de EMPREINTE ÉCOLOGIQUE, c’est-à-dire l’impact que l’humanité a sur la Terre (prélèvement de ressources, déchets produits, dégradations) et la seconde variable est BIOCAPACITÉ de la Terre :  capacité à se régénérer, à absorber les pollutions et à réparer les dégâts. 
Deux variables liées : l’empreinte écologique ne peut durablement être supérieure à la biocapacité (on ne peut pas manger plus qu’il n’y a dans le frigo). Il semble bien la courbe de l’empreinte dé passe la biocapacité depuis les années 70.
La question que traite Arthur Keller est de savoir comment les « gens » (vous, moi, les décideurs) imaginent l’évolution de ces courbes. Sans jamais oublier que l’empreinte écologique est liée à l’idée de croissance économique, d’exploitation des ressources de la Terre (la seule que nous ayons!) 
On a l’habitude de représenter  par une flèche graduée verticale la grandeur d’une variable (on dit « en ordonnée) et horizontalement une flèche graduée pour cette autre variable qu’est le temps qui passe (on dit « en abscisse). Les deux droites perpendiculaires formant un « repère orthonormé ».
La-dessus, on peut dessiner la courbe de l’empreinte écologique (liée à la croissance) et celle de la biocapacité. 
En ce qui concerne l’empreinte écologique, à chaque cran de la flèche du temps, l’intensité  de l’empreinte écologique est multiplié par une valeur qui elle-même augmente sans cesse. C’est une exponentielle. Une courbe qui monte et se redresse de plus en plus. Depuis 10000 ans (naissance de l’agriculture) les humains ne cessent de piocher dans les ressources de leur seul habitat, la Terre. L’empreinte écologique n’a pas cessé de croître avec une accélération phénoménale depuis 1850, du moins pour les pays technologiquement développés.
Toutes les courbes actuelles d’empreinte écologique sont exponentielles : dégagement de méthane, surface déforestée, population, population urbaine, l’usage de fertilisants, etc. Autant de variables qui constituent cette super-variable qu’est l’empreinte écologique. 

Comment va évoluer cette courbe de l’empreinte écologique-croissance ? Comment vous, vous l’imaginez ? Pensez-vous qu’elle va continuer de croître ? Revenir à l’horizontale peu à peu ? Décroître ? En ce qui concerne la courbe de biocapacité, on peut la dessiner sous la forme d’une ligne horizontale ou en légèrement croissante ou croissance. 
Comment imagine-t-on l’évolution de ces courbes ? Voici la typologie des « imaginaires » du futur proche dégagée par Arthur Keller

LES ILLIMITISTES
Les « illimitistes » pensent que l’on peut augmenter notre impact écologique à l’infini parce que la Terre a une capacité d’absorption illimitée (la mer, c’est tellement grand !). Il s’agit là d’une catégorie en voie de disparition.  Encore que, en écoutant Trump fonctionner, on peut avoir le sentiment qu’il reste de beaux jours à l’imaginaire illimitiste. Bolsonaro, au Brésil, relance la déforestation de l’Amazonie au nom de la croissance. L’illimitisme peut aussi être défendu...à des fins électorales. C’est une vision scientiste des années 60.

LES SOUTENABILISTES 
Ils pensent qu’il y a des limites à la biocapacité, que l’empreinte écologique que l’humanité a sur la Terre augmente toujours, mais augmente moins vite qu’avant. L’exponentielle se transforme en courbe en S, en sigmoïde.
C’est une réalité. Mais qui, pour l’instant, s’impose et n’est pas le fruit de restriction. Selon eux, on va prendre des mesures politiques, normatives, financières pour réduire l’empreinte écologique et parallèlement la science permettra de poursuivre une croissance plus faible, mais une croissance quand même. On va pouvoir rendre tout cela « soutenable » et on va parvenir à rester sous la courbe de la biocapacité. Pour Keller, la courbe de la biocapacité est imaginée plus haute qu’elle n’est en réalité. C’est une vision obsolète, datant des années 2000, non révisée à la lumière des experts du GIEC. Politiquement, j’imagine le parti LR, les Républicains (je peux me tromper).

LES DECROISSANTS
Pour les décroissants cela fait longtemps qu’on a dépassé les limites de la biocapacité (sans doute dans les années 70). Les soutenabilistes se trompent. La courbe d’empreinte écologique est largement au dessus : il faut donc diminuer rapidement cette empreinte.
Ils ont compris que la courbe de croissance se ralentissait. Ils ont aussi compris que la biocapacité est en train de diminuer : les productivité des sols, la pêche, les espèces, décroissent. 
Il faut donc décroître et de toute façon on va décroître
Mais là, et c’est un point vraiment intéressant, il semble bien qu’il y ait deux écoles !

a) les décroissants classiques (je les placerais parmi les socialistes classiques, les écolo individualistes « colibris » et les végans)  : ils pensent que courbe de l’empreinte croissance-pollution doit repasser sous la biocapacité. Une vraie décroissance de la production et de la consommation pour repasser sous la courbe de la biocapacité qui elle même décroît, mais qui peut être remontera un peu grâce à la décroissance économique et à des innovations biotechnologiques. Ce sont des décroissants par le passage de l’empreinte écologique sous la biocapacité terrestre. Les circuits courts, le recours au bio local et éthique sont indispensables. 

b)  les décroissants « capitalistes » (Keller ne les nomme pas ainsi, mais c’est l’idée)
Pour eux, on va pouvoir faire baisser l’empreinte écologique tout en maintenant la croissance. 
Il y a l’idée, la croyance de découplage possible entre l’économie et l’empreinte écologique, grâce à l’innovation, grâce aux startup, à l’économie verte, à la « croissance verte », à la smart-tech, à la greentech,etc. Il y a dans cette forme de croyance l’idée que l’on peut découpler la croissance et l’impact écologique. Pour eux, il y a trois courbes : la croissance qu’on continuer de faire croître, l’empreinte que l’on peut réduire et la biocapacité qui reste ce qu’elle est.

C’est, dit Keller, l’idéologie dominante. Et il y a effectivement un « détail » qui ne trompe pas et lui donne raison : aucun des textes des COP ne remettent au cause la croissance économique. Elle reste au programme ! On l’affuble de locutions comme « croissance durable » (croissance mais qui tient compte de l’écologie et donc tout ira bien). Mais on continue de parler de croissance économique. Et donc de conservation du même modèle économique, le modèle capitaliste.
C’est le discours des socialistes sous Hollande et des macronistes d’aujourd’hui, des startupers et de tous les optimistes scientistes. Ci-dessous un extrait qui montre la défense de l’idée de croissance économique :

CONVENTION-CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Article 3 - Alinea 5. Il appartient aux Parties de travailler de concert à un système économique international qui soit porteur et ouvert et qui mène à une croissance économique et à un développement durables de toutes les Parties, en particulier des pays en développement parties, pour leur permettre de mieux s'attaquer aux problèmes posés par les changements climatiques. 
Il convient d'éviter que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, constituent un moyen d'imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce commerce. 

Le problème, dit Keller, c’est que jamais dans l’Histoire il n’y a eu de découplage fort entre la croissance et l’empreinte écologique. J’ajoute personnellement que le milliard d’Indiens et de Chinois qui sont en train d’accéder à un meilleur niveau de vie, ont des envies de consommer de la viande, de voyager et d’avoir enfin des automobiles. Pour suivre, 500 à 800 millions d’Africains des nouvelles classes moyennes suivront les mêmes désirs dans les trois décennies à venir.  Et en aucun cas nous ne pourrons leur dire « ne faites pas comme nous, soyez sobres, ne vous gavez pas comme nous venons de le faire depuis 150 ans » ! 

J’ajoute également que la décroissance économique a commencé, même en utilisant les chiffres officiels : on vous indique 1,2 % de croissance du PIB en oubliant de vous dire qu’il s’agit de la « croissance brute ». Si l’on retire le taux d’inflation exprimé en pourcentage du PIB, soit 0,9 % et si l’on retire le déficit du budget, lui aussi exprimé en pourcentage du PIB, soit 2,50 %, la croissance est de moins 2,2 % en « croissance nette ». Une « croissance négative », un euphémisme signé Christine Lagarde. En bon français, une récession économique : -2,2 % en 2018.

La gravité de cette idéologie dominante par réduction de l’empreinte mais poursuite de la croissance (on ne change pas de système) est qu’elle rassemble bon nombre d’écologistes et fait croire qu’elle représente une porte de sortie de la crise. 

LES EFFONDRISTES (COLLAPSISTES)
Ils pensent qu’en fait personne ne prend en compte la gravité de la situation et que tant que l’idée de croissance sera présente, la courbe de la biocapacité va continuer de décroître rapidement
Cette décroissance économique ne sera plus choisie, elle sera contrainte et beaucoup plus rapide que prévu parce que le processus rendant la terre moins habitable est enclenché : tornades, inondations, canicules, hausse du niveau des océans, permafrost libérant du méthane, disparition des espèces, des insectes pollinisateurs, chute de productivité des terres arables, etc. Avec ce que cela entraîne de de famines, de violence, de guerres, de migrations. Y compris dans les grandes villes (Eau rationnée à New Delhi aujourd’hui, Paris demain ?) invivables au moindre manque d’eau, d’électricité ou d’approvisionnement.
Là aussi, on peut distinguer deux écoles : les effondristes survivalistes et (Keller ne les nomme pas) les effondristes solidaires.

a) les effondristes survivalistes
Passons sur les survivalistes à l’américaine, qui préparent leurs bunkers, leurs armes, leurs provisions, voire leurs milices. Cette madmaxisation de la société est une image de fin de civilisation, l’ère de la barbarie, de la loi du plus fort. A un moindre degré, nous sommes, vous et moi, enclin à faire des provisions, à vider le super marché du coin pour avoir des réserve ! 
Pourquoi pas avoir une réserve d’eau de pluie, un générateur, on ne sait jamais...
a) les effondristes solidaires
C’est la pensée qui imagine une croissance négative, un changement de système. S’il y a croissance, elle est qualitative, pas quantitative. C’est tout le travail de Rob Hopkins
On peut recréer des écosystèmes, des villages, de l’entr’aide, de la solidarité, assez grande autonomie. C’est imaginer le retour à la commune, le village et les terres qui l’entourent, mais sans retour au passé. Une vie plus sobre mais de qualité et humainement solidaire.

Alors où êtes-vous ?
Paul KEIRN

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