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Gilets jaunes - JOUR 15 : faire reculer Macron : mode d'emploi & analyse de la situation

2 Décembre 2018 , Rédigé par Paul KEIRN Publié dans #INDIGNé(e)S, #Macron

Gilets jaunes - JOUR 15 : faire reculer Macron : mode d'emploi & analyse de la situation

Quelle journée ! La révolte se transforme peu à peu en insurrection.  Historiquement suit la révolution. Mais nous n'en sommes pas là. 
Le gouvernement est affaibli : grincement de dents dans la majorité qui connaît ses premiers frondeurs ; 2000 CRS en arrêt maladie depuis que Macron veut fiscaliser l'IJAT, la prime de déplacement ; image internationale de Macron totalement dégradée (au lieu de nous faire la morale, tu ferais mieux de regarder ce qui se passe dans ton pays). Sans oublier le soutien de 75 à 84% des français (selon les trois sondages). 

Les #GILETS_JAUNES, ainsi que les plateaux TV sont bombardés de fausses info ou d'astuces pour rouler les gilets jaunes. Je ne parle même pas de Castaner qui réaffirme que le pouvoir d'achat à augmenté tellement c'est grotesque !

Voici ces points, suivis d'un analyse des trois pressions qui feront reculer Macron, sous une forme ou une autre :

Ne soyez pas dupe du piège de l’ «accueil » :

1 ► Ce n’est pas aux #GILETS_JAUNES d’être accueillis par le gouvernement pour faire valoir leurs demandes : c’est au gouvernement de proposer aux gilets jaunes et aux français des changements concernant les nouvelles taxes, ISF, retraites, Smic.

La balle est dans son camp parce qu'il connaît les demandes et leur ordre de priorité. Et ce n'est pas dans trois mois, mais dans trois jours.
Le temps joue pour les gilets jaunes (voir plus loin "les 3 pressions")

Après le recul, il sera possible de faire des "commissions" et autres tables rondes. Mais après seulement.

Ne soyez pas dupe de l’argument des "vases communicants" :

2 ► L’argument des « vases communicants » est faux : augmenter les taxes pour augmenter les services publics ou baisser les taxes et baisser les services publics. (C’est même l’inverse : on paie plus de taxes pour  moins de services publics, notamment en zone rurale).
Le gouvernement n’a pas été chercher l’argent là où il est. Au contraire, il en a fait profiter les riches (ISF, flat tax , exit tax).
L’argent existe et en quantité : taxation des transactions boursières (taxe refusée le 20 octobre 2018), ISF, taxation des GAFA, évasion fiscale, taxation du kérosène, taxation des transporteurs étrangers, etc.  C’est cet argent qui doit être dédié à la transition énergétique.

Et qui plus est, la surtaxe ne va pas à la transition énergétique !:

Ne soyez pas dupe de l’argument du fouillis des demandes :

3 ► Le gouvernement fait semblant de ne pas pouvoir agir parce qu’il se dit perdu parmi "tant des demandes contradictoires", incompréhensibles ou prétendument impossibles.
Le gouvernement connaît parfaitement la hiérarchie des demandes, mais il fait la bête. C'est grosso modo l'ordre dans lequel les demandes sont apparues sur les ronds-points et dans l'esprit des français :

1. Le gouvernement doit annuler les surtaxes sur les carburants (la goutte d’eau)
2. Le gouvernement doit annuler la suppression de l’ISF (même si ce n’est que symbolique)
3. Le gouvernement doit ré-indexer les pensions de retraite sur le (faux) taux d’inflation.
4. Le gouvernement doit augmenter le Smic à 1300 € net (même si l’inflation les regagne à terme)

C’est vraiment le minimum négociable. Ne rien accepter de moins. Les gilets jaunes peuvent évidemment imaginer quatre autres points, différents de ceux proposés. Mais ceux là sont basiques

Le recul sur ces quatre points est un cadeau fait au pouvoir

Le gouvernement doit accepter ces quatre demandes comme un cadeau de la part des gilets jaunes, car c’est éviter – peut-être ! - que la liste ne s'allonge...

Les refuser, c’est allonger la liste des reculs à venir, plus graves pour le gouvernement, concernant la restructuration du mandat des députés, l’ouverture au vrai calcul de l’inflation, la création du référendum d’initiative populaire, la dissolution du la Chambre des Députés, etc., la grève générale jusqu'à obtention de ce qui est souhaité. 

Voici la vraie liste des revendications des gilets jaunes :

Les salaires de tous les Français ainsi que les retraites et les allocations doivent être indexés sur l'inflation
Augmentation des allocations handicapés
Limitation des loyers. Davantage de logement à loyers modérés (notamment pour les étudiants et les travailleurs précaires
Les prix du gaz et de l'électricité doivent être publics
Retraite à 60 ans et pour toutes les personnes ayant travaillé dans un métier usant
Le système de retraite doit demeurer solidaire et donc socialisé
Pas de retraite en dessous de 1 200 euros
Interdiction de faire de l'argent sur les personnes âgées
Impôt sur le revenu plus progressif (davantage de tranches)
Faire payer l'impôt au GAFA - Google, Apple, Facebook ou Amazon
Interdiction de faire payer aux commerçants une taxe lorsque leurs clients utilisent la carte Bleue
Fin de la hausse des taxes sur le carburant
Favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée
Taxe sur le fuel maritime et le kérosène
Tout représentant élu aura le droit au salaire médian
Le référendum populaire doit entrer dans la Constitution
Retour à un mandat de sept ans pour le président de la République
Fin des indemnités présidentielles à vie
Fin du travail détaché
Pour la sécurité de l'emploi : limiter davantage le nombre de CDD
Smic à 1 300 euros net.
Salaire maximum fixé à 15 000 euros
Protéger l'industrie française : interdire les délocalisations
Fin du CICE
Interdiction de vendre les biens appartenant à la France
Favoriser les petits commerces des villages et centres-villes
'intégralité de l'argent gagné par les péages des autoroutes devra servir à l'entretien des autoroutes et routes de France ainsi qu'à la sécurité routière
Que les causes des migrations forcées soient traitées
Que les demandeurs d'asile soient bien traités
Même système de Sécurité sociale pour tous
Fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités
Moyens conséquents accordés à la justice, à la police, à la gendarmerie et à l'armée

C’est pour Macron, éviter que la révolte ne se transforme en révolution. On en est déjà au stade de l’insurrection hebdomadaire.

Ces prochains jours se décide le cours de l’Histoire de France.

o0o

Quelques remarques et éléments stratégiques : les trois dimensions du recul de Macron.

Bref flash back

En mai 68, après plusieurs semaines de grève générale, sans la moindre goutte d’essence, rien ne fonctionnait plus. Les ministères eux-mêmes étaient déserts. A un moment, les partis politiques hésitèrent à prendre le pouvoir : la force n’était même plus requise, tous les ministères étaient vides. De Gaulle était parti. Mitterrand a hésité. Le parti communiste d’alors avait toujours un fil à la patte avec Moscou et n’a pas reçu le feu vert. Plutôt un feu rouge. Il faut dire, n’en déplaise à ses partisans, qu’il fut toujours plus stalinien que communiste. 

Le recours à l’armée, qui était le choix du président de Gaulle, est toujours une arme à double tranchant. On ne sait jamais si l’armée engagera une répression ou se retournera contre ses commanditaires. Idem pour la Police, idem pour la gendarmerie. C’est bien pour cela que Castaner fait le tour des popotes pour vanter les mérites de la maréchaussée et tout autant de la Police.. D’une Police fatiguée, mal payée et souvent née dans les familles assez démunies. Et concernant les CRS, le projet de loi de réforme de la prime de déplacement, que Macron souhaite soumettre à l’impôt. Résultat de cette nouvelle imbécillité : 2000 CRS se relaient pour être en arrêt maladie !

Pompidou, très finement, lâcha 10 % d’augmentation des salaires (qu’il savait vite repris par l’inflation) et redonna l’essence aux français, qui s’éparpillèrent dans la nature. Tout simplement !
Et ce, avec l’aide de la CGT (PC), de FO (anti PC depuis sa création en 1947 par la CIA - https://fr.wikipedia.org/wiki/Force_ouvri%C3%A8re) et de tous les autres, lors des discussions dites de Grenelle qui devaient aboutir aux accords du même nom.

Trucs & astuces éculés de Macron

Les manigances de #macron aujourd’hui sont des procédés de tactique politicienne connues de longue date : faire traîner, laisser pourrir et diviser : en repoussant de semaine en semaine les interventions sans intérêt ; en proposant des tables rondes, des commissions (ici trois mois) pour relever ce que veulent vraiment le peuple en colère : comme si on le savait pas ! Cela fait trois semaines que les ronds points des #gilets jaunes parlent, crient, hurlent leurs demandes.

Les commissions au plus petit échelon (la commune, le chef-lieu) permettront de diviser (pour mieux régner) et montrer que les gilets jaunes veulent tout et rien, ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent. D’autant que les demandes s’élargissent avec le temps qui passe. 

Alors, on le sent, les #GILETS_JAUNES sont partagés : 30 % disons, sont pour une structuration, type mouvement, association, voire partis. Ce qui permettrait pour le gouvernement de « négocier », c’est-à-dire dans le présent cas : les rouler dans la farine, sous la forme d’une dilution de leurs demandes, de pression (d’études de leur passé pour faire fuiter des vraies et fausses informations).
70 % des gilets jaunes se refusent à toute structuration et comptent tenir le mouvement engagé, n’attendant rien des discussions avec le gouvernement ou leurs représentants. Ils sont méfiants ! Et ont toutes les raisons de l’être !

Inutile de penser forcer les barrages de CRS ou de gardes mobiles et d’arriver devant l’Élysée : ils sont des tampons, de simples tampons entre le pouvoir et le peuple, juste chargés de recevoir les coups de la colère du peuple qui se défoule. Même s’ils pactisaient avec les manifestants, le pouvoir dispose, avant de recourir à l’armée, de nombreux corps d’action. « L’État a le monopole de la violence», « la police est l'une des institutions dépositaires du monopole de la violence physique légitime » disent les textes. On peut douter que toutes ces forces endossent le gilet jaune.

Alors que faire pour faire reculer Macron ? Voici ce que j’en pense :

Ce n’est pas directement la rue qui fera reculer Macron, mais indirectement son propre entourage sous la pression de la rue.

Une première dimension : Macron est affaibli à l’international : vu ce qui se passe dans les rues de Paris, ses homologues sourient en coulisse quand il veut leur faire la morale. « Occupe toi de ce qui se passe dans ton pays » pourrait être, sous des formes plus châtiées, ce qu’ils seraient tentés de lui répondre. Bref, son image et son poids international sont en chute libre. Et il en souffre. Pour autant qu’il puisse souffrir.

Une deuxième dimension est que la perpétuation des actions des gilets jaunes commence à casser la croissance annuelle, déjà faible. Et de ce fait éloigne la réussite de ses promesses. Pour autant qu'elles aient pu être couronnées de succès.

Il existe une troisième dimension : la pression des industriels du CAC 40

Cette troisième dimension est la pression des industriels du CAC 40 lorsqu’ils en auront marre de perdre de l’argent, de voir leurs actions en bourse chuter et de sentir leurs actionnaires faire pression sur eux parce que leurs dividendes risquent de ne pas atteindre les taux attendus !

A l’Élysée, voici le type de dialogue que l'on peut imaginer :
Un groupe de capitaines d’industrie (présidents de sociétés connues du CAC 40) viennent voir Macron discrètement. L’un d’eux prend la parole pour les autres :

« Cher Président, on est venu vous dire notre inquiétude ». 

(phase 1 – pommade) 
« Votre posture sans recul est bien sûr tout à votre honneur. 
Bien d’autres avant vous ont battu en retraite en rase campagne. 
Vous avez apporté la preuve de votre sang-froid et aujourd’hui vous n’avez plus rien à prouver dans ce domaine. 
On en peut que vous en féliciter 

(phase 2 – notre embarras)
Cependant, actuellement, à la suite du blocage de nos usines, de la destruction de quelques uns de nos centres de recherche ou de stockage, nous voilà dans une situation plus difficile que celle à laquelle nous nous attendions : le cours de nos actions chute et, face à nous, les actionnaires commencent, pour parler clair, à nous souffler dans les bronches. Ils attendent les dividendes promises. Et, croyez moi, cher président, on est loin du compte après 4 mois de gilets jaunes !

(phase 3 – demande d’action)

Je sais que vous nous comprenez. Aussi, sans doute est-il temps de lâcher un peu de lest. De montrer que vous savez être magnanime. Renoncer à quelques taxes n’est pas la fin du monde. Au contraire, votre image de droiture, de force de caractère profiterait  d’un complément d’image : une certaine empathie, une grande humanité. 

(phase 4 – menace sourde).

Cela avant les élections européennes. Vous savez que jusqu’à présent notre soutien vous était acquis. Ce n’est pas une mince épreuve que celle des urnes. Vous le savez comme nous, le RN va tailler des croupières à votre jeune parti, je le crains. On ne voudrait pas être contraints de jouer la comédie de l’adversité sous la pression de nos actionnaires. Quand même , cher président, ce serait dommage. Surtout qu’on sera encore amenés à travailler main dans la main.

Ce schéma est classique. En résumé, en langage courant, les industriels disent à Macron : 
1 - vous êtes tout à fait génial – 2 - mais on est dans la merde à cause de vous –  3 - alors maintenant il faut bouffer votre chapeau (reculer) –  4 – sinon on vous lâche et vous êtes fini.

Macron reculera en le coupant de ses soutiens, notamment industriels.
Inutile donc de négocier quoi que ce soit ! La balle est dans le camp du gouvernement. Et le temps joue pour les gilets jaunes.

 

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